Lundi 11 juin 2007
Aller-simple.jpg Aller simple

Il était dix heures du matin quand les propulseurs démarraient au quart de tour. Le jet roula jusqu’à la piste de décollage, puis s’arrêta pour attendre les vacanciers qui arrivaient. Une luxueuse voiture noire vint se stationner prés de l’avion. Un escalier roulant se précipitait à toute allure pour arriver à tant pour l’embarquement. Ils n’étaient que quatre à sortir de la voiture. Un riche milliardaire, sa femme et ses deux enfants. La femme félicitait son mari pour ce bel avion, qu’elle n’avait pas encore eu l’occasion de voir.

-        C’est un bel appareil chéri, tu as du flair…

-        Alors il te plaît ? Cela faisait longtemps que je voulais te le montrer.

Les deux enfants regardaient eux aussi ce fantastique moyen de transport qui s’élançait dans toute sa splendeur. Le corps de l’avion s’étalait au dessus d’eux, projetant une fraîche ombre d’un temps très ensoleillé.

-        Vous aimez les enfants ?

Lucen et sa petite sœur, Matilda, ne comprenaient pas la richesse de leur père. Le garçon, âgé d’une dizaine d’années, était trop impatient de monter dedans et de voir les nuages de haut. La petite fille n’avait que cinq ans, elle tenait fermement la main de son grand frère, de peur que le majestueux oiseau géant ne s’anime. L’avion lui faisait peur, il était bien trop grand pour elle.

Une fois l’escalier raccordé en toute sécurité à la porte, la famille montait à bord. Il y avait un petit couloir qui donnait tout de suite à un superbe salon. Sans attendre, le chef de famille s’impatienta d’aller voir le pilote, alors que les deux enfants étaient déjà montés sur les canapés. Ils regardaient par les hublots qui se trouvaient au-dessus, cherchant à voir le plus loin possible.

Dans la cabine de pilotage, le père s’approchait du pilote, qui ne l’avait pas encore vu. Il était habillé comme un vrai commandant de bord, ceux qui volent dans les gros airbus.

-        As, vous êtes là ! S’exclama le pilote en sentant une présence prés de lui.

-        Je vois que tout a été nettoyé à la perfection. Cet avion paraît neuf !

-        Vous êtes prés à partir ?

-        Dés que vous le sentez, vous y allez ! Cela me peine quand même de partir alors qu’il fait beau…

-        Pas d’inquiétude, à Tahiti, il fait toujours beau !

Le pilote fit mine de vérifier quelques cadrans et se préparait. La mère vint au prêt de son mari, tout deux s’asseyaient alors aux deux autres sièges de la cabine.

Les enfants regardaient toujours dans les hublots alors que l’avion commençait à s’avancer.

-        Super, on va décoller ! Cria Lucen, fou de joie. Sa sœur était un peu moins à l’aise, elle n’avait encore jamais volée.

Lucen, lui, avait rarement prit l’avion, n’ayant jamais eu l’occasion d’avoir de bonnes vacances loin de son pays. Le bruit des propulseurs s’intensifia, les ailerons changèrent leur orientation alors que l’appareil bougeait. Juste après, il y eu une forte accélération, les deux enfants se retinrent aux canapés pour ne pas tomber. Le salon semblait immobile alors que le paysage, au dehors,  se dérobait de plus en plus vite. Lucen était émerveillé par la vitesse à laquelle ils allaient. Avaient-ils déjà décollé ? Il n’y avait nulle vibration, comme s’ils avaient déjà quitté terre. Le garçon regardait à nouveau par le hublot, le sol était bien là, mais il descendait… Il était émerveillé, il rejoignait les cieux, les bâtiments qui se trouvaient au loin devenaient de plus en plus petits, les arbres s’éloignaient, l’horizon semblait s’approcher. Le jeune observait les courants d’air, devenus visibles car déviés par les ailes. Il n’en croyait pas ses yeux.

Plusieurs minutes passèrent avant que les deux adultes ne viennent s’asseoir dans le salon.

-        Tu as l’air en forme Lucen ! Fit le père en voyant son fils, heureux.

-        Je suis trop content !

Après s’être assis quelques minutes, le père partit brusquement, le sourire au visage. Il revint quelques secondes après avec un ordinateur portable.

-        Je sais que c’est le troisième, mais je te l’offre, c’est le dernier modèle…

Il mit l’ordinateur dans les mains de Lucen, qui était émerveillé.

-        Merci papa…

-        Je savais que c’était le meilleur moment pour te le donner.

Tous les quatre regardaient le PC démarrer, puis ils testèrent quelques jeux qui étaient déjà installés. Ils s’amusèrent en oubliant totalement l’avion, jusqu'à ce que vint l’heure de manger. Alors le père alla chercher quatre plateaux bien garnis. Quelques minutes après avoir commencé à déguster les fabuleux mets, il se levait pour aller chercher un plateau supplémentaire, pour le pilote qu’ils avaient tous oubliés depuis quelques heures.

 

L’avion avait été révisé il y avait à peine quelques semaines, mais sa complexité l’avait fait plus compliqué qu’un humain. L’erreur d’un technicien pourtant doué provoqua la chute d’une pièce l’arrivé du carburant. Les moteurs s’arrêtaient, le changement de vitesse se fit légèrement ressentir.

-        Mais…Que se passe t-il ? Dit la mère de Lucen en regardant par le hublot.

-        Rien de grave, je suis sûr.

Le pilote, comprenant que l’avion ne redémarrait pas, fit une annonce à toute la famille.

« Nos moteurs se sont coupés, l’avion peu planer quelques minutes mais nous perdons de la vitesse… »

Visiblement, il était bien sûr de lui. Il n’imaginait pas que le problème était bien plus grave qu’il n’y paraissait. Le jet perdait de la vitesse en frottant l’air à encore plus de six cent kilomètres par heure.

-        Pilote, sauvez-nous ! Cria le père, commençant à réaliser et ne savant plus vraiment ce qu’il disait.

La petite sœur de Lucen commençait à pleurer, pendant que son frère croyait cauchemarder.

L’aviateur ne répondait pas, il était certainement en train de tout tenter pour redémarrer l’appareil.

-        Non, je n’y arrive pas !

L’avion commençait à s’incliner et à perdre de l’altitude. Quand la poussée ne fut plus suffisante, il commença à tournoyer en descendant à folle allure. Le père, la mère, Lucen et sa sœur, volaient à l’intérieur de l’avion, en apesanteur. Leur curiosité était dépassée par leur peur de mourir, ils avaient maintenant tous les regrets de perdre ce bonheur tant recherché.

Le choc aurait pu être bien plus désastreux si le pilote n’avait pas activé les freins de l’avion. De plus, ils survolaient l’océan. Comme l’avion piquait du nez, il s’engouffrait sous plusieurs mètres de flotte, heureusement, seul l’avant se brisa complètement. L’avion à la verticale, se remplissant d’une eau glacé comme la mort, commençait à sombrer, avec ses occupants.

Lucen, qui avait réussit à s’accrocher à la porte de l’avion, voyait sa famille se noyer, se débattant dans l’eau pour ne pas se laisser aspirer vers les profondeurs. Il n’apercevait pas sa petite sœur, déjà morte.

- Lucen….Ouvre la…Porte…, arrivait à dire son père en recrachant de l’eau. Sous la panique, il oubliait que c’était l’air qui empêchait l’avion de se remplir trop vite. Quand son fils parvint à ouvrir la porte en la déverrouillant, l’air s’échappait brusquement, mais l’eau rentrait de haut en bas avec la pression. Lucen fut expulsé vers la surface, alors que sa famille restait dans la cabine. Bientôt, ils ne bougeaient déjà plus.



Par Cidragon6 - Publié dans : La Porte Blanche
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